L'indicateur qui transparait dans les œuvres: l'amour.
Ecouter sa philosophie intérieure, sa vision du monde.
R Merci beaucoup. Je vous remercie beaucoup. Je voudrais exprimer mon fierté et ma reconnaissance de tout mon cœur pour les spécialistes du lavis qui m'ont récompensée.
R Oui, en effet. Mais il me semble qu'on y trouve plutôt 'la pensée' que 'le rêve'. Depuis mon enfance, j'ai l'habitude de réfléchir profondément, et je suis d'une nature à recevoir des sentiments négatifs des autres, comme la tristesse. Ainsi s'il se trouvait un enfant qui était le souffre-douleur, je restais à ses côté tout le temps, car je m'inquiétais pour lui.
Ca n'a pas changé bien que je sois devenue adulte. Je reste sensible à la condition de mes contemporains, qui souffrent de l'état du Japon d'aujourd'hui.
Je pense que de mon caractère et de mon introspection réunis naissent l'inspiration, et ce qui me permet d'entreprendre une nouvelle création.
R Il y a des gens qui disent que c'est spirituel, ou qu'ils ressentent la spiritualité à travers de quelque chose de profond dans la peinture.
Mais pour moi, ce n'était pas mon intention.
Après le 2e Guerre Mondiale, le Japon a beaucoup progressé économiquement en terme d'efficacité, mais il reste beaucoup de gens dont le cœur souffre jour après jour. Des gens brimés, qui se renferment sur eux-mêmes et vivent reclus, la dépression, les suicides, la solitude des personnes âgées …Je ressens toute cette tristesse. C'est tout.
Je pense que l'inspiration est une sensation mystérieuse, un sixième sens qui nous connecte au divin, et qui va se manifester au-delà de nos cinq sens, si ceux-ci sont déjà suffisamment développés. Pour moi, il faut poursuivre cette quête spirituelle sans relâche.
Bien sûr, il est important de connaitre les techniques de base et la tradition. Mais en plus, il faut s'efforcer de trouver son chemin, en tâtonnant. Si les hommes ont pu détruire le style traditionnel et perdre le sens commun, c'est aussi eux qui peuvent surmonter, exploiter, ou bien détruire. Mais il est important d'apprendre avec modestie, d'apprécier la tradition et le poids de l'approche classique. Bien que cela reste un grand problème pour moi aussi…
Et puis, chacun a son propre point fort, alors, si je peux l'exploiter dans mes tableaux, mon originalité s'affirmera et caractérisera mon travail.
Moi, grâce à mes études de calligraphie au pinceau, que j'ai commencée à l'âge de 3 ans, j'ai pu apprécier sérieusement la qualité de ma production en tant que lignes et formes, ce qui s'est ressenti très positivement dans ma peinture. Je veux vraiment remercier pour cela mes professeurs de calligraphie et de peinture, ainsi que mes parents.
Et puis, j'ai aussi été influence par la musique, la lecture de nombreux ouvrages de physique, de religion, de spiritualité… Je pense que tous ces enseignements participent aussi de mon inspiration, et coulent de mon cœur naturellement.
Q Pouvez-vous expliquer l'idée qui a inspirée le série 'Ombre d'une époque', s'il-vous-plait ?
R Le Japon est devenu un pays très prospère après la 2e Guerre Mondiale, en prônant l'efficacité, le capitalisme. Cependant, dans cette société toute rationnelle et productive, on a commencé à se comparer aux autres, selon des critères superficiels et simplificateurs. Dans cette société, on souffre de ne plus pouvoir communiquer naturellement, de cœur à cœur. Après l'éclatement de la bulle financière, les taux de dépressions et de suicides ont beaucoup augmentés. Les gens affaiblis sont de plus en plus exclus. Les hommes ne sont pas des objets. S'aimer soi-même… S'accepter et s'aimer soi-même en acceptant ses défauts. Je pense qu'il est à nouveau temps de gouter à la tranquillité de l'esprit…
Je pense que le recours existe au travers de l'introspection que forment la prière et la croyance, et que la guérison peut se trouver dans l'espace du cœur, en communiquant avec ceux qui pourront nous transmettre une énergie bienveillante. C'est un espace spirituel, dans lequel chacun peut se sentir accepté. L'important est de ne pas s'arrêter à l'apparence donnée par le niveau scolaire ou la stature professionnelle, mais de considérer chaque visage pour y trouver la gentillesse, la disponibilité, la modestie. Et aussi respecter la dignité des personnes dans le dénuement, telles les personnes âgées… Il est nécessaire aussi de réapprendre aux enfants du Japon ces valeurs de joie de vivre, du sens de la vie, de la philosophie.
Moi-même, je ne me considère pas comme quelqu'un de religieux. De ce fait, je n'ai pas la prétention de discourir sur la vie, ni d'indiquer un chemin aux autres, je voudrais simplement continuer de créer, en priant qu'une lumière douce et bienveillante remplisse le cœur de ceux qui sont malades, et que je puisse progresser en gardant espoir et en perfectionnant mon âme.